Le Journal de Thomas Jill Wiernon

Le Journal de Thomas Jill Wiernon

Un avis sur la Vie - Philippe Piveron

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Que l'on arrête enfin de nous casser les écoutilles avec la Vie et sa rareté ou son foisonnement présumé dans l'univers ! Gardons la tête froide ! En l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons absolument rien avancer de certain sur cette question. Ni dans un sens, ni dans l'autre ! Le seul cas que nous (mé)connaissons, celui de la Terre sise en troisième place au sein de notre système solaire, ne permet ni n'autorise aucune inférence sur l'univers dans sa globalité !
 
C'est le b.a.-ba de l'épistémologie : une expérience unique, fût-elle réussie - et on peut juger que la vie sur terre en est une (quoique...) -, une expérience unique, donc, ne permet aucune généralisation. Les partisans d'une vie universellement répandue et leurs détracteurs, lancés manifestement dans un concours où chacun se couvre de ridicule, ignorent tous, manifestement, ce trait méthodologique fondamental !
 
- Alors, questionnerez-vous, quelle posture adopter ? Le scepticisme, voyons ! Mais il est si difficile d'affirmer : "Eh bien ! Euh... Nous... Euh... Actuellement, nous ne savons pas !"
Au moins, tant que nous ne disposerons pas de statistiques fouillées sur le nombre de planètes favorables ou non à la vie ! Mais, vous le devinez bien ! Pour œuvrer en ce sens, encore faudrait-il que nous sachions définir ce phénomène, le circonscrire et préciser, sans ambiguïté, si des déterminismes gouvernent ou non l'émergence du vivant. A cette date, personne n'est en mesure d'avancer un début d'élucidation sur ce sujet aussi épineux que complexe. Que des tentatives pour simuler les origines de la vie en laboratoire échouent ou, au mieux, se contentent de la singer dans ses tout premiers pas ne prouvent nullement l'absence ou l'existence des dites lois. Et puis, rassurons-nous ! Pour l'anecdote, les hommes ignorèrent pendant des siècles les mécanismes de la fusion thermonucléaire avant de tâtonner  laborieusement pour les appréhender : cela n'empêcha pas le Soleil de briller !
 
Personnellement, respectueux de la raison, je préfère suspendre mon jugement, sans négliger, bien sûr ! de lire les nouvelles du front en attendant que des astrophysiciens, des biologistes nous apportent des éléments abondants, concrets et... exploitables. A défaut, nous prenons notre lunette astronomique dans le mauvais sens, voire ! nous oublions d'ouvrir grand la coupole de nos observatoires.
 
Pour justifier mon attitude, bien que rien ne m'y oblige ! j'évoquerai deux choses, deux souvenirs que je prends pour des leçons, principalement des leçons d'humilité :
je me remémore un temps pas si lointain, un temps qui remonte à la seconde moitié du siècle dernier, une époque où bon nombre de scientifiques pensaient ou juraient que tous les satellites naturels du système solaire ressemblaient peu ou prou à la Lune ! Quelle ne fut pas leur surprise, une déconvenue pour certains, lorsque les sondes Voyager émirent à destination de la Terre les premières photographies saisissantes des compagnons de Jupiter ou de Saturne ! Contre toute attente, la plus grande diversité régnait hors des espaces sublunaires aristotéliciens ! Conclusion : la conformation de la Lune n'est en rien paradigmatique ! Il en va indubitablement autant du statut de la Terre et de la Vie qu'elle abrite.
Autre souvenir. Voici une trentaine d'années, encore, beaucoup de chercheurs, des Bouvard et Pécuchet en astronomie, sûrement ! péroraient généreusement sur la présence ou l'absence de planètes autour d'autres étoiles. Bon nombre d'entre eux assuraient doctement et pragmatiquement qu'aux vues des conditions mêmes de formation d'hypothétiques disques protoplanétaires, notamment, de tels événements étaient logiquement et nécessairement rares. Certains, plus audacieux, estimaient que notre système solaire constituait le seul cas d'une stellogénèse réussie ! Autrement dit, à l'exception des étoiles, les cieux étaient vides...
Conclusion ? J'euphémiserai... En ce temps-là, les observatoires offraient sans doute un champ de vision beaucoup plus étroit qu'aujourd'hui ! La vétusté des installations, les budgets réduits alloués à la recherche exoplanétaire empêchaient très certainement, je suppute, que l'on élargît davantage les cimiers des coupoles... Ce qui explique sans nul doute, par contrecoup, la cécité intellectuelle de certains scientifiques de l'époque. Que savons-nous aujourd'hui ? En vérité, au 13 mai 2016, selon Wikipédia, nous en sommes à 3414 planètes officiellement identifiées ! Ce, de plus, pour une modeste portion de notre galaxie, notre voisinage quasi-immédiat. Et là, statistiquement, cela fait sens car ces chiffres, extrapolés à l'échelle de la Voie Lactée, laissent entendre que les planètes (telluriques et gazeuses) s'y comptent par... dizaines sinon centaines de milliards.
 
Je m'arrêterai là. Ces exemples sont, je crois, éloquents. En conséquence, et pour en revenir à la vie, la place est d'abord à la quête, à l'enquête, aux observations soutenues, aux théories et à leurs confrontations sourcilleuses, intransigeantes au réel. Sans préjuger de l'issue ! Tant que nous n'aurons pas distinctement cerné les mécanismes ou conditions favorisant, préludant, accompagnant ou provoquant le surgissement nécessaire ou aléatoire de la vie; tant que nous ignorerons l'essentiel sur les possibilités de leurs occurrences et de leurs récurrences, toute projection probabiliste est nulle et non avenue ! C'est en compulsant, déchiffrant, décryptant patiemment le grand ouvrage de l'univers que nous obtiendrons des réponses, non en fantasmant ou, si je peux le formuler ainsi, en contre-fantasmant. La science conduite avec rigueur est école de sagesse.


25/08/2016
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