Le Journal de Thomas Jill Wiernon

Le Journal de Thomas Jill Wiernon

D'un certain rapport Meadows ...

« Parce que l'avenir n'est pas écrit... »

 

Lors d'une intervention de Gaël Giraud à l'occasion du séminaire TREVE organisé par l'École Normale Supérieure (ENS), l'éminement économiste et chercheur évoque le célèbre rapport Meadows publié en 1972 et ses prolongements actuels au regard, notamment, du problème avéré concernant le dérèglement climatique et sa gravité. Voici une transcription de la conférence où il en est question.

 

« [...] Deuxième point que je voudrais annoncer... enfin... mettre sur la table pour nous faire peur... les résultats du club de Rome... du rapport rendu au Club de Rome en 1972 par une équipe du MIT dirigée par Meadows, Dennis Meadows, toujours vivant aujourd'hui et dont vous avez sans doute par contre entendu parlé. A l'époque, il faut savoir qu'en 72 le raport au Club de Rome est un gigantesque succès de librairie (dix millions d'exemplaires vendus) et la plupart des économistes vont mettre le rapport dans un tiroir, fermer le tiroir à clé et jeter la clé dans la rivière la plus proche. Autrement dit, la communauté des économistes ne s'est absolument pas appropriée ce travail, probablement parce qu'il n'y avait aucun économiste dans l'équipe de Meadows. Il n'en demeure pas moins qu'à l'époque Meadows construit un modèle — alors, pour les matheux, c'est un système dynamique non-linéaire — très... assez simple... — du point de vue des mathématiques sous-jacentes — qui rend compte de la trajectoire de la production agricole, production industrielle, quelque chose qui ressemble au PIB, la démographie, etc. au niveau mondial, pour les décennies qui termineront le vingtième siècle et pour la totalité du vingt-et-unième siècle. Et comme c'est de la prospective intelligente, évidemment il y a des hypothèses qui gouvernent cette dynamique et qui donnent lieu à dix grands scénarios... qui dirigent, qui conduisent ces prospectives. Sur ces dix grands scénarios, il y en a huit qui conduisent à un avenir relativement sympathique pour l'humanité, tout au long du vingt-et-unième siècle; il y en a deux qui conduisent à un effondrement planétaire... le scénario I qui conduit à un  effondrement planétaire dans la prochaine décennie... la décennie 2020, le scénario II dans la décennie 2050-2060. Je n'ai pas le temps du tout de rentrer dans le détail... Il faut savoir que ses prospectives-là, ces simulations-là sont faites sans tenir compte du dérèglement climatique puisque en 72 l'équipe Meadows n'a pas du tout l'information dont dispose le GIEC aujourd'hui... Comme  je l'ai dit, les économistes ont complètement ignoré ce travail et c'est en 2008 qu'un physicien australien, Graham Turner, a exhumé ce travail et l'a ″backtesté″, comme on dit en bon français, c'est à dire a comparé les trajectoires des scénarios de Meadows avec les trajectoires effectivement suivi par la planète entre 1972 et 2008. Excellente nouvelle : il trouve que sur les dix scénarios il y en a deux qui collent très très bien avec la trajectoire suivie effectivement par la planète entre 1972 et 2008. Alors je vous dis que c'est une bonne nouvelle — j'en vois qui sourient — mais c'est une bonne nouvelle parce que si vous essayez de backtester des modèles macro-économiques, s'ils survivent plus de deux ans aux backtestings, vous avez droit au Prix Nobel, pour le dire tout de suite... Donc Meadows, qui n'etait pas économiste, a fait un modèle économique qui, lui, survit trente ans ! Voilà. Donc ça, c'est une bonne nouvelle; ça veut dire qu'on est capable de faire de la bonne science, contrairement aux apparences... La mauvaise nouvelle c'est que les deux scénarios qui collent très bien avec la trajectoire suivie par la planète sont — vous l'avez deviné — les deux scénarios qui conduisent à un effondrement. A l'Agence Française de Développement on a essayé de tester de nouveau ces idées en tenant compte, cette fois-ci, du dérèglement climatique et je peux vous dire que le... les trajectoires des scénarios de "Business as Usual" conduisent à peu près toutes à des catastrophes humanitaires... pendant le vingt-et-unième siècle, dans le siècle dans lequel nous sommes aujourd'hui. Donc... c'est pas une petite affaire... la question, je crois, interroge vraiment la conscience citoyenne de chacun d'entre nous [...] »

Vous trouverez la citation ci-dessus dans le documentaire ci-joint (33'24). J'en recommande toutefois la lecture intégrale.

 

 

 



14/06/2018
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