Le Journal de Thomas Jill Wiernon

Le Journal de Thomas Jill Wiernon

Une mauvaise nuit - Philippe Piveron

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Cette nuit, j'ai fait un étrange rêve. Très étrange.

 

Je couvre en tant que journaliste une enquête de l'inspecteur Derrik ! Le limier pourchasse un malfrat dans les rues de Berlin, à un rythme guère plus soutenu que celui de la série, il est vrai ! C'est dire si je manque de me réveiller plusieurs fois, étreint par un ennui mortel...

Mais, contre toute attente, survient un rebondissement salutaire ! Le policier, sur un trait de génie, avise soudain une nouvelle piste. Il s'engouffre alors sans hésiter dans une agence bancaire, longe un couloir obscur avant de dévaler à grandes enjambées un escalier en colimaçon exigu qui plonge au plus profond de la cité. Je peine à le suivre et lorsque, enfin, à bout de souffle, je le rejoins, je le découvre à l'intérieur d'un coffre-fort aux murs couverts d'or. Le lieu regorge et déborde littéralement de lingots du même métal. Derrick est figé de stupeur. Le lieu est en réalité un vaste lupanar où les membres de l'élite européenne versent éhontément dans le lucre et la luxure, aux côtés de quelques invités américains dont la présence, sans doute, ne relève que d'un simple hasard...

Incrédule, je crois reconnaître dans un coin un François Hollande à demi nu, un casque de moto sur la tête, roulant des pelles goulues à Barak Obama, en réalité une sorte d'avatar du dieu Janus ! Dès que ce dernier se retourne, montrant son second visage, il se métamorphose en un Donald Trump hirsute, chaussant de petites lunettes noires et rondes, fumant de la marijuana. Non loin, Mario Draghi, avec aux lèvres son coutumier sourire de squale, distribue de la fausse monnaie et des pin's aux couleurs de Goldman Sachs. Derrière eux, sur une scène barriolée, j'entr'aperçois, sous les faisceaux versicolores des projecteurs, Angela Merkel esquissant une danse du ventre devant des banquiers libidineux, la lèvre pendante, le regard lubrique et exorbité. J'échange avec l'inspecteur un bref regard, à la fois perplexe et interrogatif, quand un cri d'alarme nous arrache à notre hébétude. A deux pas de nous, un homme masqué, à bord d'un fauteuil roulant motorisé, tente violemment de dérober les clés du véhicule d'une jeune femme au fort accent grec ! Derrick, instinctivement, plonge sur l'agresseur malgré son apparente infirmité, le plaque contre le sol et, dans le même mouvement, lui arrache le bas qui voile son visage, avec une célérité que, honnêtement, je ne lui connais pas ! Je blêmis en identifiant le gangster qui n'est autre que le ministre allemand des finances !

 

- Cette fois, tu n'échapperas pas à la justice, vil Schäuble ! hurle le policier triomphant en lui passant aussitôt les menottes. Aux poignets comme aux chevilles.

 

Et nous quittons aussitôt la pièce en empruntant des galeries dont la maçonnerie évoque des hypocaustes romains. J'ouvre la marche, une torche à la main droite. Derrik me suit, fier de sa capture, la trainant sans ménagement au bout d'une corde, à même le sol. En moins de temps qu'il ne le faut pour le décrire, nous nous retrouvons Schäuble, Derrick et moi-même devant le palais de justice de... Delphes. L'architecture est singulière. Elle évoque une gigantesque amphore renversée en forme de coquille de bernard-l'hermite, soutenue par des caryatides et des atlantes en marbre peint. Quelques pas encore et nous présentons le prisonnier devant son juge. Celui-ci évoque la figure de Dionysos. Il tient fermement et solennellement dans sa main droite un thyrse au sommet duquel bourgeonne une fleur d'olivier. Il interroge l'inspecteur du regard.

 

- Votre Honneur ! voici... voici Schäuble, hésite Derrick, intimidé par la stature et l'aura de l'homme de loi. Malgré des troubles mentaux attestés, poursuit-il, il doit être jugé pour avoir tenté de détruire le Parthénon et brûlé les oeuvres d'Épicure et Aristophane !

 

Sur ces entrefaites, le thyrse métamorphosé en lanterne oscille devant les yeux du prévenu, animé par la seule volonté du magistrat. Celui-ci sondant l'âme de Schäuble murmure :

 

- Où est l'Homme ? En as-tu une petite idée, misérable Schäuble ? questionne le magistrat en toisant le prévenu.

 

Ce dernier, blême, ne répond pas. Il paraît se recroqueviller sous le poids de sa propre culpabilité et la puissance vertueuse de son interlocuteur qui le domine de toute la hauteur des siècles.

 

Suite, peut-être, au prochain rêve...


 

 



15/06/2017
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